Sur les chemins du vent,
Sur la route des nuages,
On devine en passant
Mille regards inquiets,
Et les arbres toujours
Dans un triste brouillard
Ferment sur l'horizon
Leurs grilles d'acier.
Les pieds nus sur une allée
Aux dalles de marbre,
Les mains souvent gercées
Par le froid de l'absence,
On va sans se presser,
Les yeux pleins de rêves,
Mais la pendule est là,
Qui mesure le temps
Sans jamais se lasser.
On se fait des idées
A défaut d'illusions,
On se donne des prétextes
A défaut de raisons,
Et l'on se croit vivant
Comme un oiseau sauvage
Dans une cage de verre
Qui protège du vent.
On croit à la lumière
D'une fenêtre éteinte
Et au grand vent du large
Qui efface toute plainte.
On est vivant.
On est heureux.
On a vingt ans
Et l'on croit à la vie.
On construit naïf
De beaux châteaux de sable
Que la marée détruit
Quand la mer descend.
On hésite, on revient,
Pour repartir encore
Sur des trottoirs nus
Aux réverbères absents.
On croit toujours
A la lumière d'un phare
Qu'on a enfin atteint le port,
Qu'on a percé à jour
Le secret d'un visage
Qui cache sous des larmes
La richesse de l'or.
On se réveille pourtant,
Un soir triste d'automne,
Dans des brisants de glace,
Et l'on se trouve seul
Comme un marin perdu,
Sur un quai sans attache,
Qui cherche un navire
Pour toujours disparu.
On est livide et blême
Comme un pierrot de soie
De sa lune descendu.
L'aveu devient silence,
La caresse sourire
Mais les grands mots de feu
Qui doraient l'avenir
Soudain se sont tus.
Jour après jour,
On dort puis on se lève
Comme un triste automate ;
Semaine après semaine,
On fait semblant de vivre,
On renonce à se battre ;
Nuit après nuit,
On meurt de rêve en rêve,
Etonné au matin
De survivre à la nuit.
On agite des mains
De sueurs et de larmes.
On se cache. On se tait.
C'est un adieu aux armes,
Un regard qui se fend
Dans un miroir brisé.
On veut croire malgré tout
Qu'un beau jour reviendra,
Mais on agite comme avant
Un mouchoir déchiré
Sur un vieux quai de gare
Où le train de la vie
Bien trop vite est passé.
On croit qu'hier est mort,
Mais hier c'est demain.
Le temps n'a plus de sens,
L'espace plus d'horizon.
On se dirige au sud,
On se retrouve au nord.
On ne sait même plus
Retrouver son chemin.
Les saisons de l'enfance,
Peu à peu en désordre
Se mêlent et se démêlent
Avec le temps qui passe.
L'hiver sans neige
Serait-il un printemps un peu froid ?
Et l'automne sans chagrin
Qu'un été sans soleil et sans joie
?
A quoi bon reprendre la route ?
On reste ce que l'on est,
La même terre aux pieds
Quel que soit son destin.
On veut toujours croire
Que l'aube qui se lève
Est un baiser de vie
Qui vient comme un soleil
Poser les lèvres de l'été
Sur des nuages de suie.
On hésite encore plus.
On attend un visage dans la nuit
Où plus rien ne résonne.
Les cloches sont parties,
Elles ne sonneront plus.
Et l'on n'est plus heureux,
Et l'on n'a plus personne,
Le printemps et les rêves
Sont bel et bien finis.
Octobre est là.
Le raisin est trop mur.
On est devenu vieux.
Et l'on sait maintenant
Que le temps est précieux,
Que la mort se faufile dans l'ombre
Et se masque sous un ciel encore bleu.
Tout finit par se rompre
Comme une corde usée
Par des rêves déçus
Et des espoirs brisés.
Bruno
Dédicace à ma poto, angélique...bisous tendre